Afghanistan, un an après

Un an après la prise de Kaboul par les talibans, la situation en Afghanistan s’enlise. Aujourd’hui, le pays traverse l’une des plus graves crises humanitaires de son histoire et les fondamentalistes ne font que renforcer leur régime répressif. Retour sur les 12 derniers mois autour de 5 questions. 

Les talibans ont-ils changés ?
En arrivant au pouvoir le 15 août 2021, les talibans avaient promis de respecter davantage les droits humains qu’entre 1996 et 2001. Mais leur priorité reste de mettre en place un État régi par la charia et la morale religieuse, reléguant au deuxième plan la gestion des affaires courantes. 
Le gouvernement est toujours principalement composé de talibans, malgré les demandes de la communauté internationale de mettre en place une administration  plus inclusive et respectueuse des droits de l’homme.

Quelles sont les relations avec la communauté internationale ? 
En réponse au manque de diversité dans le gouvernement des talibans, aucun État dans le monde ne reconnaît le régime islamique en Afghanistan. Par exemple, des pays comme l’Iran ou la Turquie, qui craignent Daech et pourraient être favorables au régime des talibans, ne légitiment  pas ce gouvernement. 
Malgré tout, certains pays, comme la Russie, acceptent des représentants talibans sans pour autant avoir d’ambassade afghane dans leur pays.

Quelles sont les conséquences économiques ? 
Le pays doit faire face à une crise de liquidités à cause des sanctions internationales. Les aides humanitaires, qui constituaient avant jusqu’à 80% du budget annuel de l’Afghanistan, ont été largement réduites. Par ailleurs, les financements internationaux sont suspendus. 
La crise économique est aggravée par le manque d’expérience des talibans. Elle est également accentuée par la séparation des hommes et des femmes : dans certaines villes, les femmes et les hommes n’ont plus le droit de manger ensemble au restaurant. Ces règles nuisent donc clairement au fonctionnement des commerces. 

Où en est la situation humanitaire ? 
Une crise humanitaire sévit depuis la prise de Kaboul par les talibans. Près de 20 millions d’Afghans, soit la moitié de la population, sont menacés de famine,  une situation accentuée par la sécheresse de cet été et la crise économique sévère. Dans certains hôpitaux, des patients n’ont pas mangé depuis plusieurs jours. Cette crise est également dûe à une montée en flèche des prix des produits, tandis que la monnaie du pays chute. 
La situation s’est empirée en juin à la suite du tremblement de terre, qui a accéléré l’effondrement du système de santé. De nombreuses organisations internationales cherchent à faire parvenir des fonds et des provisions sans passer par le gouvernement des talibans, mais les niveaux d’assistance humanitaire restent insuffisants face à une telle crise. 

Quelle est la situation des femmes et des filles ? 
Au cours des 20 dernières années, les femmes ont joué un rôle crucial dans la construction d’un nouvel Afghanistan. Membres du système judiciaire, travailleuses dans le secteur public, dans le social, artistes…, les femmes pouvaient faire le métier qu’elles voulaient. Mais le retour des talibans a mis une limite à leur droit. 

Le 27 juillet 2022, Amnesty International publiait un rapport sur la condition des femmes et des filles en Afghanistan intitulé Death in slow motion (La mort au ralenti).  Le rapport ne laisse pas de place au doute : les libertés des femmes sont réduites à néant. Alors que les talibans, en arrivant au pouvoir, promettaient de maintenir certaines libertés des femmes, les interdits s’enchaînent : interdiction d’aller à l’école, de passer le permis de conduire, de prendre l’avion seule, de travailler en contact avec les hommes…. Amnesty International liste une série de « politiques de discrimination systématique qui portent atteinte » aux droits des femmes. Dernièrement, le port du voile intégral en public a été rendu obligatoire pour les femmes.
Les femmes ont disparu de la télévision, des vitrines de magasins, des panneaux d’affichages… Les femmes qui ont voulu se révolter et militer contre le gouvernement instauré par les talibans ont été réduites au silence. 

De nombreuses ONG réclament une intervention de la communauté internationale pour faire bouger les choses en Afghanistan et améliorer la condition des femmes. 

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