La migration comme métaphore

Jean-Claude Métraux, La migration comme métaphore

(La Dispute 2011).

 

‘Nous sommes tous des migrants’, titre de la première partie, fournit le thème majeur et le point de départ incontournable d’un parcours très élaboré, qui cherche à se confronter à notre incapacité notoire à soulager migrants, précaires, exclus, malades d’un lien social défaillant, de l’effet iatrogène de nos interventions. Car la migration dans l’espace ne constitue, à bien y réfléchir, qu’une forme particulière de migration temporelle : dans l’une comme dans l’autre, le processus du deuil, avec ses dynamiques et ses blocages, donne son allure au passage d’un monde à un autre.

Après une esquisse de phénoménologie de la migration, et une partie qui analyse les représentations présidant à nos rapports aux migrants (modèle des déficits, interculturalisme, primat du traumatisme), la troisième partie et dernière partie construit des réponses. Parce que l’échange est inégal avec les migrants, il faut repenser les théories de l’échange avec Mauss, Godelier, pour comprendre combien l’offre de paroles précieuses peut être un remède contre la grangrène du lien. Et avec Ricoeur, refaire, mais à l’envers, le parcours de la reconnaissance. La migration devient alors une métaphore souriante, de guerrière qu’elle était.

Ouvrage puissant, très charpenté, fort bien servi par un style vif, inventif, proche du terrain.

(Recension à paraître dans la revue ETUDES)

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