Welcome JRS France

jrswelcome

Welcome est un projet de JRS France.

Il s’agit d’un réseau de familles et de communautés qui accueillent pour un temps déterminé – un mois, cinq semaines – un demandeur d’asile ou un réfugié.

Offrir un hébergement pour des personnes qui ne sont pas encore admises dans un CADA, et qui sont trop souvent à la rue, leur permet de souffler un peu, de se reposer.

Tant l’entrée dans une famille qui ouvre sa porte, qu’avec quelqu’un – le tuteur – qui accompagne la personne chaque semaine, une relation conviviale s’établit.

Welcome veut réaliser concrètement une hospitalité sans a priori.

Welcome a commencé en octobre 2009.

 

La chaîne télévisée parlementaire LCP diffuse en avril une émission “Tombé du ciel” sur le thème “Les religions sont-elles un facteur d’intégration ?”
Témoignage du réseau Welcome.

Prenez le temps de voir : la vidéo Welcome, de Grégoire Mercadé, sur le site du Jour du Seigneur.

Ecoutez : Welcome sur RCF, dans l’émission de Stéphanie Gallet, Le temps de le dire.

 

Témoignages :

La peur de l’inconnu fait chanceler

Une relation d’amitié et de confiance

Un courage et une force insoupçonnables
Ouvrir sa maison à un réfugié

Paris sous un nouveau jour

Je ne renonce pas à mon projet

 

Si vous êtes intéressés, prenez contact avec

Isabella Moulet 
06 81 059 222 
e-maile-mail

 

 


 

 

Pour mieux comprendre l’esprit de Welcome, voici la charte proposée aux accueillants du réseau ; et l’interview d’Isabella, coordinatrice du réseau.

 

La charte du réseau.

Le Réseau Welcome est né au sein de JRS France, association qui, grâce à des jésuites et à des laïcs, est sur le terrain pour essayer d’apporter aide et soutien aux personnes déplacées par force de leur pays d’origine, selon la tradition d’hospitalité liée à la demande d’asile.

Nos engagements nous ont permis de constater un besoin urgent auquel les associations déjà existantes ont du mal à répondre : trouver une solution d’hébergement temporaire pour les demandeurs d’asile en situation régulière qui attendent de pouvoir bénéficier du Dispositif National d’Accueil.

Ces personnes, bien que suivies juridiquement et administrativement, se retrouvent dans une situation d’extrême vulnérabilité qui les expose au risque d’être rapidement récupérées par des gens sans scrupules et de partir sur des fausses pistes. Elles ont le plus grand mal à suivre les classes de français indispensables à leur intégration.

 

En septembre 2009, JRS France a donc pris l’initiative de créer le Réseau Welcome, un réseau de familles et de communautés qui puissent leur offrir un accueil (une chambre), pour une durée déterminée à l’avance (entre trois et cinq semaines, en général).

Ce geste d’hospitalité  vise une mise en confiance de la personne accueillie qui, en sortant de son milieu, peut arriver à mieux comprendre la société française, ainsi qu’une sensibilisation des familles à la situation des réfugiés.

Nous espérons que deux univers, celui de l’accueillant et celui de l’accueilli, entrent en contact et s’enrichissent mutuellement dans un chemin de service et de dignité.

Nous insistons sur ceci : il ne s’agit pas d’assister l’accueilli mais, par le tissage de liens rassurants, de l’encourager à trouver la force et la volonté de poursuivre son difficile parcours.

Si vous décidez de vous lancer dans l’aventure du Réseau Welcome vous ne serez pas seuls !

 

Le Réseau Welcome s’engage :

  • à mettre à votre disposition une personne-référant qui pourra être contactée pour toute question concernant l’accueil ;
  • à vous épauler du fait que la personne accueillie rencontrera régulièrement un tuteur qui suivra son parcours, le conseillera dans ses démarches et facilitera ses contacts avec les services compétents ;
  • à faciliter son départ dans les délais prévus.

 

Puisque notre pratique nous enseigne que cet accueil se passe d’autant mieux que l’on s’est accordé sur les règles de cohabitation, la personne accueillie est informée :

  • des rythmes de vie de la maison, qui seront respectés (horaires, utilisation des espaces communs…) ;
  • du type de lien que vous souhaitez entretenir pendant que vous offrez cet hébergement (participation aux repas, moments de partage…)
  • de tout autre aspect du séjour que vous estimerez important.

 

Le Réseau Welcome est l’un des projets de JRS France. Ce sera donc aussi l’opportunité de participer à des moments conviviaux de rencontre et de partage d’expériences, auxquels vous serez invités à intervalles réguliers dans le courant de l’année.

 

logo_jrsLe Réseau Welcome est porté par les mots d’ordre de JRS

accompagner : créer une relation de réciprocité avec un demandeur d’asile

servir : se mettre à l’écoute de son projet et le soutenir dans sa réalisation

défendre : sensibiliser son propre entourage par cet accueil, qui interpelle et pose question.

 

 

L’interview

En avril 2011, le projet Welcome de JRS France est maintenant bien en route. Des initiatives fleurissent à Nantes, Lille, Rennes, Lyon, Marseille, Clermont-Ferrand… pour créer un réseau d’accueil de ce type. Quelle est alors l’expérience du réseau ? Isabella Moulet, coordinatrice du réseau, nous introduit dans l’esprit du réseau Welcome.

Vous pourrez être intéressé, avant de lire cet article, à voir la vidéo réalisée pour KTO par Grégoire Mercadé, avec la complicité de réfugiés du réseau et de quelques familles accueillantes. Elle est maintenant accessible sur le site du Jour du Seigneur. (Grégoire Mercadé, info@cogitoergovideo.com).

 

Qui sont les demandeurs d’asile accueillis dans le réseau Welcome ? Quelle expérience font-ils dans le réseau ?

Je vous parlerai de deux personnes. O. est un afghan chiite qui vit sur le canal St Matin. Il est timide, renfermé, méfiant. Il suit cependant de manière assidue les cours de l’Association Français Langue Etrangère (Paris 10è), sans grands progrès mais avec ténacité. Il entre dans le réseau, dans une communauté religieuse. Ici, une excellente relation avec les étudiants se construit, qui lui donne l’occasion de s’ouvrir : il s’adapte aux horaires, il partage la vie des étudiants, il demande des conseils. Après ce premier séjour, il est prêt à entrer dans une famille. Celle-ci a des enfants, jeunes. A leur contact, O. se détend beaucoup, adopte les rythmes de vie, il devient comme un «cousin». Son français fait des progrès impressionnants, au point qu’il commence à aider les autres élèves de son école. Après un temps, je commence à le sentir fatigué de passer de famille en famille et de recommencer à chaque fois une nouvelle adaptation. France Terre D’Asile (FTDA) fait de son mieux pour lui obtenir une chambre, et il quitte ainsi le réseau. Tout au long de ses séjours, O. est passé d’une grande méfiance – pas de contact par les yeux – à une grande aisance, une envie d’aller vers les autres.

G. est une jeune femme qui a subi des sévices. Lorsque le réseau est sollicité pour elle, nous sommes au complet. Elle est donc gardée dans un accueil de nuit pour femmes. Au bout de quatre semaines, nous pouvons l’accueillir avec une situation plutôt indépendante : un studio adjacent à l’appartement des accueillants. Ce qui, à ce stade, lui convient bien, car G. est suivie par une assistante sociale dévouée. A ce jour, elle reste cependant très démunie : pas encore d’accès à la CMU (couverture maladie universelle), donc pas de carte de transport, pas d’allocation de 300 € par mois, censée compenser une interdiction de travail. C’est la relation avec sa tutrice qui la soutient et c’est par celle-ci qu’elle sent partie du réseau.

 

Comment se passe la première rencontre avec les personnes adressées au réseau ? Vous êtes quelquefois «perplexe» ?

La rencontre initiale est importante, car elle permet une première perception de la personne. Cela va jouer sur le choix de la famille ou de la communauté d’accueil. Bien des choses se sentent dans le regard : une gêne, une crainte, une peur. Si une personne a vécu des choses graves qui l’ont poussée à fuir, elle n’en a peut-être pas encore pleine conscience et ne sait pas encore si elle va pouvoir gérer cela dans son histoire et dans sa vie, car quelque chose de «sale», ou de «sali» est encore là. Il y a bien des choses horribles, sur un continent ou sur un autre, qui pèsent sur les réfugiés.

Si nous sentons la personne égarée ou trop instable, nous essayons de l’orienter vers des centres de soin et de soutien spécialisés en psychologie transculturelle. Et ma question, avant de les introduire dans le réseau, sera : un séjour dans une famille sera-t-il possible ? Concrètement, sur la soixantaine de personnes accueillies dans le réseau, j’ai dû deux fois refuser l’accueil.

 

C’est une caractéristique de l’accueil dans le réseau Welcome qu’il ne soit pas de longue durée : pourquoi ?

Nous devons tenir compte, pour le respecter, de ce que vivent les familles et les communautés. La détresse des accueillis a un impact sur elles, leurs habitudes de vie sont sans aucun doute de bonne qualité, mais demandent parfois une adaptation. La durée idéale d’un accueil est de cinq semaines : trop peu pour s’attacher en profondeur ou pour se fatiguer les uns des autres !

Il arrive en outre que le demandeur d’asile, surtout les plus jeunes, soit perçu comme un «neveu» à qui, consciemment ou pas, il faut «apprendre» des choses. Et cela peut peser sur la personne accueillie qui, tout en étant touchée par ces attentions, finit par ne pas se sentir acceptée pour ce qu’elle est, ne comprend plus ce qu’on attend d’elle, a peur de décevoir. Là aussi, un temps bref permet de déjouer quelque peu cette tendance. A ce sujet, nous entendons parler de «juste distance» avec la personne accueillie. Certes… Mais il ne faut pas oublier que le demandeur d’asile a déjà tellement dû s’éloigner de plein de choses, des siens, de son pays, des activités qui le définissaient, qu’il est plutôt en demande de proximité. Et c’est cette proximité qui doit être juste. Pour cela, il convient d’avancer avec lui à sa vitesse à lui, de chercher avec lui son propre chemin, et le tempo pour le parcourir.

Pour des raisons concrètes : vacances de la famille, dispersion de la communauté ou présence d’invités… nous pouvons concevoir des séjours plus courts.

Indépendamment de la durée, nous sommes heureux de constater combien ces séjours permettent aux personnes accueillies de se stabiliser de manière positive, de retrouver un bien-être, et de l’exprimer. Dans l’ensemble, cependant, il ne faut pas trop les multiplier, d’où l’importance de continuer à chercher, et de trouver, une solution plus durable.

On nous demande parfois si le réseau Welcome ne se substitue pas à la responsabilité de l’Etat, tenu à procurer un hébergement aux demandeurs d’asile. Peut-être, mais notre but n’est pas seulement de réagir à un besoin : nous offrons surtout la chance de construire des relations, socle de la confiance, socle d’une intégration.

 

Ce sont des associations, surtout, qui sollicitent le réseau Welcome pour telle personne : comment cela se passe avec ces partenaires proches ?

Les associations qui nous adressent des demandeurs d’asile ont bien compris notre esprit, notre démarche, et souvent souhaitent en savoir plus, la trouvant intéressante et originale. Les partenaires comprennent aussi quelles personnes il convient de nous proposer, ceux et celles qui pourront tirer bénéfice du réseau en ayant besoin de se reconstruire quelque peu au contact avec les autres.

Les partenaires sont souvent en mesure d’attendre et de trouver des solutions intermédiaires lorsque nous ne pouvons pas répondre immédiatement. Ils ont aussi assimilé que notre proposition est une transition, et ils veillent à continuer à chercher une solution durable pour l’hébergement. C’est le cas du CEDRE (Secours Catholique), d’Emmaüs, de la Croix Rouge…

Il y a bien sûr des situations d’urgence et, en ce cas, la concertation marche bien, pour faire un effort ensemble. Le réseau a été d’ailleurs capable de réagir à des urgences, ce qui est très positif.

 

Dans votre responsabilité du réseau Welcome, vous avez beaucoup de déplacements, de visites ? Que percevez-vous des «raisons» de commencer un accueil, ou aussi des inquiétudes, des efforts que cela demandera ?

Certes, je me déplace beaucoup pour visiter les familles et les communautés ainsi que les partenaires. Il est très intéressant de rencontrer des gens de sensibilités différentes, de voir pourquoi ils entrent dans cette démarche et quelle est leur position par rapport aux migrants et aux demandeurs d’asile. Dans les visites chez les nouveaux accueillants, j’essaye de sentir «l’âme» du lieu, de repérer comment l’accueil sera concrètement mis en œuvre, de sentir comment il est imaginé, espéré, craint. Et tout cela m’aide à conseiller les accueillants.

La première anxiété : que la personne accueillie ne parte pas le jour prévu ! Et puis, tout de suite : oui, il part, mais où va-t-il après ? Viennent ensuite des appréhensions sur la manière de faire : quelle relation va s’engager avec nos enfants, s’il y en a ? Si la personne est musulmane, que mange-t-elle ? Est-elle suffisamment autonome ? Notre vie est si compliquée, nous avons si peu de temps… Cette dernière interrogation est très suggestive car, finalement, beaucoup en arrivent à s’apercevoir que, même dans la plus remplie des vies il peut rester de la place.

Il y a aussi des efforts à faire… La présence d’une personne étrangère dans une famille ou dans une communauté trouble l’intimité : les gestes d’affection, les discussions voire les disputes, ne se vivent pas de la même manière sous les yeux d’un étranger. Mais je crois que ce que l’on découvre, de soi et de l’autre, au fil des accueils, vaut de loin les efforts déployés.

Fondamentale aussi la question de la confiance : laissera-t-on les clefs à la personne accueillie ? Pourra-t-elle rester seule à la maison quand l’on s’absente ? Chaque accueillant a droit à ses réponses.

 

Parlons un moment des «tuteurs», qui accompagnent les personnes accueillies. Comment voyez-vous leur rôle, qu’attendez-vous d’eux, que leur conseillez-vous ?

Les personnes qui acceptent un «tutorat» dans le réseau Welcome sont très différentes les unes des autres et elles ont chacune leur propre manière de construire l’accompagnement.

Le réseau demande que les tuteurs aient un sentiment fort de responsabilité et de service. Ils doivent être conscients de leur rôle auprès des familles, offrir une aide, un partenariat. Les accueillants ne peuvent et ne doivent en aucun cas porter seuls le poids de la vie des accueillis, leurs chagrins, leurs angoisses.

Au fond, qu’est-ce qu’ «accompagner» ? C’est se tenir à côté de quelqu’un qui ne peut ou ne veut pas avancer seul sur un chemin. Ma présence lui fait plaisir, le rassure. Cela passe donc par une présence, une disponibilité, un geste, un mot, un regard.

 

L’idée du réseau Welcome résonne en diverses villes de France. Comment cela se passe ? Quels conseils donnez-vous ?

Nous constatons que le réseau Welcome s’élargit à partir du partage de l’expérience qui s’y déploie. Nous disons : par capillarité. Un article dans la revue du Secours Catholique et dans la revue Vie Chrétienne nous ont aussi apporté des adhésions, ainsi que la vidéo réalisée par Grégoire Mercadié pour le Jour du Seigneur, dans l’émission «Ainsi sont-ils» .

De conseils, j’en donne deux à ceux qui souhaitent monter un réseau d’accueil du type Welcome, qu’ils devront bien évidemment adapter à leur réalité locale.

Le premier : former une petite équipe motivée, qui prend le temps de s’interroger sur la faisabilité de l’aventure.

Le second : commencer modestement et de manière pragmatique : deux ou trois familles ou communautés – prêtes à tout ! – avec qui on peut réaliser un ou deux premiers accueils, qui s’avèreront heureux. Ce qui en entraînera d’autres, sans aucun doute. Et à JRS France, nous sommes à leur disposition pour partager le petit savoir-faire qui est la nôtre, nos questions et nos convictions.

Pourquoi l’idée résonne ? Parce que c’est l’Esprit-Saint qui travaille dans tout cela ! Les gens sont touchés par la situation des demandeurs d’asile, souvent indignés. Et puis, pour les chrétiens, il y va là d’une mise en pratique concrète de la dynamique de l’Evangile.

 

En quoi diriez-vous que l’aventure de Welcome est un projet de JRS ?

C’est un projet qui vise la défense des personnes déplacées, de leur dignité, de leur droit à la vie. Un enfant qui vient au monde, est d’abord visible, puis, on lui attribue un nom. Or, ces personnes restent invisibles et, dans la meilleure des hypothèses, deviennent un numéro de dossier. Etre dans une famille, au contact avec d’autres, leur rend cette visibilité, ce nom. Et puis, bien sûr, nous les accompagnons en essayant d’être à leur service, sans exercer d’emprise, en nous armant de la patience qui est la leur. Nous les appelons à exister là où l’Etat les anéantit en faisant peser sur eux une suspicion jusqu’à la fin de la procédure et en leur refusant pendant tout ce temps, des années parfois, des réels moyens d’intégration.

 

Une dernière question : qu’est-ce qui a du poids pour vous dans votre engagement à JRS ?

Chaque fois qu’une famille me dit : nous voulons ouvrir notre porte, car nous avons ouvert nos yeux et ce que nous voyons ne nous plaît pas, car nous nous sentons prêts, car cela nous semble juste, je me sens remplie de joie et d’admiration. Car ces actes de courage, ces plongeons dans l’inconnu, sont à mon avis parmi les témoignages les plus forts que des chrétiens puissent offrir. Nous sommes appelés à avancer en eaux profondes, à être lumière dans la pénombre, à oser changer de regard, d’habitudes.

Et pour les jeunes que nous hébergeons c’est le même processus qui s’enclenche : oser s’exposer au regard d’autrui, partager son intimité, tout en essayant de puiser dans un présent rassurant des forces pour avancer.

C’est une démarche humaine et spirituelle très intense. Toutes les Béatitudes sont là.

 

 


1er fév 2012 – Soirée “Hospitalité”

“Que celui qui réside fasse en sorte que celui qui passe se souvienne”

Ce beau dicton Tuareg était parmi ceux qui nous ont été proposés lors d’une soirée festive qui  a permis aux différents membres de JRS France de démarrer le mois de février en compagnie de nos amis réfugiés. Qui se souvenaient, car nombreux étaient ceux qui revenaient après plusieurs mois pour donner des nouvelles aux nombreuses personnes qui les avaient accueillis ou accompagnés, aidés dans leurs devoirs de français, mis en contact avec notre réseau Welcome, conseillés dans leurs démarches.

Hospitalités autour du monde était le thème de cette rencontre, où tous les continents étaient représentés. Certains de nos anciens étaient accompagnés par leur épouse, leur soeur : quand une vie a repris son cours, les affects reprennent la place qui leur est due. D’autres, les nouveaux, participaient un peu étonnés aux jeux qui leurs étaient proposés et abordaient avec curiosité et un peu de crainte les familles accueillants : laquelle serait leur prochaine ?

Vers 21 heures, tout le monde s’apprête à repartir et là, l’on se rend compte que deux jeunes n’ont pas d’accueil pour la nuit : leur entrée dans le réseau était prévue le jour d’après et ils ont déjà laissé leur tente sur le canal Saint Martin à des camarades. Mais “qui ouvre la main la fait ouvrir a ses voisins” et ils repartent en voiture avec deux accueillants.

“L’hospitalité est un trésor, dont l’exercice suppose des moeurs simples et douces”. Et “la place faite à hôte, agrandit la maison !”

 

31 décembre 2011 – Le réseau Welcome en chiffres.

Les accueillis.

90 demandeurs d’asile ont été accueillis par les familles et les communautés du réseau.

Il s’agit de majeurs isolés, dont 5 femmes, qui ont entre 18 et 35 ans, la grande majorité se situant en dessous des 25 ans. Ils restent dans le réseau 4/5 mois en moyenne, en changeant de famille toutes les 5 semaines environ.

Leur nationalité, principalement : afghane, guinéenne, sri-lankaise, bangladaise, ivoirienne, kurde, RDC, ancienne URSS.

Pour la procédure, au moment de l’entrée dans Welcome : la majorité est en attente de convocation à l’OFPRA, une dizaine à la CNDA, de plus en plus de Dublin II (désormais non expulsables car entrés par la Grèce), 8 statutaires.

Tous les accueillis sauf un Dublin II ont pu quitté le réseau avec une solution d’hébergement relativement stable (CHU, CADA, colocation, logement par l’employeur). Un débouté est rentré en Afghanistan.

Insertion : à ce jour, 25 des accueillis ont obtenu une protection et sont en formation ou en CDD/CDI, 2 ont été déboutés, les autres sont toujours en cours de procédure.

Les associations référentes

Ce sont elles qui proposent les accueillis : Français Langue d’Accueil, CEDRE, Emmaüs-Halte des femmes, Maison des Journalistes, Croix Rouge, ASE, Cantine afghane, Cimade.

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Les tuteurs

Une trentaine de personnes – étudiants, salariés, professeurs, religieux, bénévoles d’associations de défense des droits des étrangers – se sont succédées pendant ces deux années pour accompagner individuellement chacun des réfugiés, être à leur écoute, vivre des moments de convivialité et servir d’interface avec les accueillants successifs.

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Les accueillants

En région parisienne, 40 familles et 6 communautés ont offert leur hospitalité à un réfugié du réseau, certaines plusieurs fois dans l’année, d’autres de façon épisodique (quand la chambre ou le studio ne sont pas occupés par des parents ou amis). Trois familles de dépannage assurent les « urgences ». Le réseau compte aussi quelques personnes seules désireuses d’ouvrir leur porte et d’aller à la rencontre d’une autre culture, d’une autre sensibilité. Plusieurs fois par an, des moments de rencontre, de convivialité et de partage d’expériences réunissent tous les participants du réseau.

 

Novembre 2011 – Les tuteurs du réseau.

Depuis le lancement du réseau Welcome, il nous a semblé nécessaire de proposer au moins une fois par trimestre une rencontre des tuteurs dans un cadre détendu et convivial.

Accompagner une personne sensible, vulnérable, sans beaucoup de repères, à travers son chemin de familiarisation avec la France et les français est une mission passionnante, certes, mais qui ne s’improvise pas. Il nous est donc précieux d’avoir un lieu où échanger nos expériences, écouter les conseils de ceux d’entre nous qui sont engagés depuis plus longtemps, exprimer nos questionnements par rapport aux relations humaines que nous sommes en train de vivre. Bref, apprendre ensemble ce qui signifie concrètement «accompagner».

Pendant ces soirées, nous essayons de nous tenir à jour sur les changements de droit et de pratiques qui affectent les réfugiés et de connaitre plus en profondeur la façon d’agir des associations partenaires que les uns ou les autres auront rencontrées dans les mois qui précèdent.

En octobre, nous avons exploré le milieu parisien auquel se confrontent nos accompagnés afghans, aussi en essayant de mieux saisir les obstacles culturels qui leur sont propres.

En janvier, nous ferons le point sur les nouveaux courants migratoires engendrés par l’évolution géopolitique.

 

Septembre 2011 – Deux années du réseau Welcome.

Sur les deux premières années, 70 demandeurs d’asile ont été accueillis par les familles et les communautés du réseau. Il s’agit de majeurs isolés, 65 hommes et 5 femmes, qui ont entre 18 et 35 ans, la grande majorité se situant en dessous des 25 ans. Ils restent dans le réseau 4/5 mois environ, en changeant de famille toutes les 5 semaines en moyenne.

Ils viennent d’Afghanistan, de Guinée, du Sri-Lanka, du Bengale, de la Côte d’Ivoire, du Kurdistan, de la RDC, ou des républiques de l’ancienne URSS.

La majorité d’entre eux est en attente de convocation à l’OFPRA, une dizaine à la CNDA, de plus en plus relevaient de la procédure Dublin II ; mais ces derniers ne sont désormais plus expulsables car ils sont entrés par la Grèce. Parmi eux, 8 ont obtenu le statut de réfugié.

Tous ceux qui ont été accueillis par Welcome – sauf une personne relevant de Dublin II – ont quitté le réseau avec une solution d’hébergement relativement stable (CHU, CADA, colocation, logement par l’employeur). Une personne définitivement déboutée est rentrée en Afghanistan.

Parmi les accueillis, 25 ont obtenu une protection et sont maintenant en formation, ou en CDD/CDI ; 2 ont été déboutés ; les autres sont toujours en cours de procédure.

Plusieurs associations nous proposent des personnes à accueillir : Français Langue d’Accueil, le CEDRE, Emmaüs-Halte des femmes, la Maison des Journalistes, la Croix Rouge, l’ASE, la Cantine afghane, la Cimade.

Une trentaine de personnes ont assumé le rôle de «tuteur» : étudiants, salariés, professeurs, religieux, bénévoles d’associations de défense des droits des étrangers, se sont succédés pendant ces deux années pour accompagner individuellement chacun des réfugiés, être à leur écoute, vivre des moments de convivialité et servir d’interface avec les accueillants successifs.

Côté accueillants, le réseau a pu compter sur 35 familles et 6 communautés qui ont offert leur hospitalité à un réfugié du réseau. Certaines l’ont fait plusieurs fois dans l’année, d’autres de façon épisodique. Trois familles de dépannage assurent les « urgences ». Le réseau compte aussi quelques personnes seules désireuses d’ouvrir leur porte et de rendre service au réseau Welcome.

 

 


 

 

Dans les échanges qui ponctuent la vie de Welcome, on entend parfois des paroles qui ont du poids. Il vaut la peine de les recueillir.


J’attends d’être convoquée pour savoir si j’aurai mes papiers. Mais en effet, j’attends pour savoir si je suis un être humain. Sans papiers, on n’est pas un être humain, on n’a pas de vie. Je n’existe pas. C’est à dire  : j’étais quelqu’un, et je ne le suis plus. Alors moi, je n’existe plus. A me voir, on dirait que ça va, que je suis là, mais je ne sais plus du tout où je suis.

Paule, 28 ans, RDC, arrêtée pour avoir recueilli des témoignages prouvant les abus de hauts fonctionnaires, demande à la France une protection depuis mars 2011.


En Iran, je ne pouvais pas aller à l’école. Mon père me disait : ” si un jour je suis tué, tu dois partir dans un pays où tu pourras étudier”. Moi, je pensais “je devrai surtout m’occuper de ma mère”. Mais ils ont été tués tous les deux. Alors, je me suis enfui. Je pensais arriver en Allemagne, ou en Angleterre, mais c’est à la frontière avec la France qu’on m’a fait descendre. J’avais les mots de mon père dans la tête. J’ai passé les premières semaines à marcher, les gens me disaient “tu es afghan ? alors, il faut aller à Paris”. Là, j’ai vécu quelques mois dans une gare : je ne savais pas si je voulais rester mais j’étais fatigué et blessé. Puis, un jour, quelqu’un qui prenait des cours de français m’a amené dans son école et quand on m’a donné un cahier j’ai décidé : “c’est ici que je vais rester.

Ali, 23 ans, ses parents fuient l’Afghanistan et s’établissent en Iran, où ils sont retrouvés et tués par des sicaires. Il vient d’obtenir la protection subsidiaire, il parle et écrit couramment le français.


Ce qui a changé pour moi d’entrer dans une famille française ? D’abord, la nuit, je dors. Même si je fais des cauchemars. Puis, il y a toujours quelqu’un à la maison quand je rentre de mes occupations. Ils me demandent ce que j’ai fait, ils me proposent de faire des choses avec eux. J’ai l’impression que ça les intéresse. J’ai un peu peur de me retrouver  à nouveau seul à la rue, alors ils me disent que non, qu’il y aura une autre famille après. J’ai quand même un peu peur, mais ça va aller”.

Mamadi, 18 ans, Guinée Conakry, en procédure d’asile depuis 18 mois.


Avant d’arriver, je pensais qu’en France il n’y avait pas de pauvres. Des vrais pauvres, je veux dire. Depuis que je distribue des repas avec l’Armée du Salut, j’ai l’impression qu’il y des français qui vont beaucoup moins bien que moi. Ils ont des papiers mais ils n’ont pas la santé, et il n’ont personne pour s’occuper d’eux. En plus, dans les hôpitaux, on leur demande d’abord de montrer une carte. Ca m’a fait réfléchir.  

Zahir, 25 ans, Tajikistan, en procédure depuis 2 ans.

 

 


 

 

L’idée du réseau Welcome fait son chemin au-delà de l’Ile de France. Dans quelques villes, des initiatives analogues se font jour. Quelques échos.

 

Le Mans – la pastorale des migrants monte un projet Welcome

En novembre 2011, Mme Annie Bigaud, responsable de la pastorale des migrants, activement soutenue par son évêque, Monseigneur Le Saux, a rencontré l’équipe parisienne de JRS et décision a été prise de monter un réseau de type Welcome pour accueillir notamment des primo-arrivants en début de procédure.

Au Mans, le nombre d’hébergements d’urgences destinés aux demandeurs d’asile qui seront ensuite orientés sur Nantes est plutôt satisfaisant. Cependant, chaque année, quelques dizaines de personnes, hommes, femmes et enfants, risquent de passer quelques semaines à la rue avant de pouvoir entrer dans le dispositif d’Etat. C’est pour l’éviter, que le diocèse souhaite solliciter des familles et des communautés religieuses afin qu’elles deviennent des foyers d’accueil pour un temps de quatre, cinq semaines.

Contact :  Annie Bigot et Faustin Semasaka 02 43 54 50 25


Lille : RAIL – Réseau Accueil Immigrés Lille

Un réseau de familles et de communautés a été mis en place sur la métropole lilloise pour tenter de répondre au besoin urgent d’hébergement temporaire pour des demandeurs d’asile en attente d’une autre solution.

Cette forme d’hospitalité vise à offrir aux demandeurs d’asile un signe d’accueil de la part de personnes pour qui ils sont bienvenus en France, un environnement qui les soutienne pour un temps dans leur difficile parcours, et une opportunité de commencer leur intégration ici.

«Notre souhait le plus cher est que, pour les accueillis comme pour les accueillants, le séjour en famille ou en communauté soit une expérience heureuse. C’est pour cela que le réseau a adopté un mode de fonctionnement inspiré de ce qui se fait déjà dans d’autres villes de France (notamment avec le réseau « Welcome » à Paris)».

Contact : Elisabeth Fichez 06 80 13 40 80 Fichez.elisabeth@wanadoo.fr

Lire : “Des errants, des passeurs” – Partage de réflexions.

 

Welcome à Nantes

Après une préparation de plusieurs mois, une réunion de lancement a eu lieu mardi 11 octobre 2011, rassemblant une bonne soixantaine de personnes.

Anne Marc, la coordinatrice du projet nantais, a présenté le projet, illustré par le témoignage d’Isabella Moulet qui l’anime depuis deux ans sur Paris.

Welcome démarre à Nantes avec plusieurs partenaires : Aida (Association accueil et informations pour demandeurs d’asile), la Pastorale des familles, la Pastorale des migrants, le service diocésain, le Secours catholique, le Comité vigilance solidarité et l’Icam (l’Institut catholique des arts et métiers). Des partenaires qui connaissent bien le terrain. Emmanuelle Fieyre, de l’association Aida, précise : « Il y a sur Nantes un vrai problème pour l’hébergement des demandeurs d’asile isolés. Nous avons beaucoup de personnes de l’Europe de l’Est, des Guinéens, des Mongols, et depuis quelques mois, des gens qui arrivent de la corne de l’Afrique… ».

Contact : Anne Marc, 06 75 05 82 68 anne.marc2@gmail.com

 

En gestation aussi : Marseille, Lyon, Rennes…

 

 


 

 

L’historique de Welcome

Les actions menées pendant les trois premières années par les bénévoles de JRS France et les collaborations avec les associations ont amené à une réflexion sur une possible réponse de JRS France sur la question de l’hébergement des demandeurs d’asile en Ile de France. Une petite équipe s’est réunie plusieurs fois pour définir le projet.

Le besoin urgent en terme de logement concerne les nombreux demandeurs d’asile pour le temps où ils ne peuvent bénéficier du Dispositif National d’Accueil et se retrouvent ainsi en situation d’extrême vulnérabilité. 500 demandeurs par an, dont 300 en région parisienne, se trouvent dans ce cas, plus les statutaires.

Décision a été prise, en juin 2009, de créer un réseau d’accueil familial et d’accompagnement.
Le service à rendre est clairement délimité, et il n’est pas vraiment assuré dans le champ associatif – ce qui est un critère pour un projet de JRS.

Il y a en effet trois moments où un demandeur d’asile éprouve une difficulté à se loger :
•    lorsqu’il a déposé la demande en préfecture et aucun CADA ne peut encore lui offrir une place;
•    lorsqu’il obtient le statut de réfugié et doit quitter le CADA ;
•    dans certaines circonstances d’urgence (maladie…). 
Le service à rendre est donc d’offrir un hébergement pour un temps limité, en attendant une prise en charge dans les dispositifs existants. Il s’agit d’accompagner une transition, un passage difficile, par le tissage de liens rassurants qui favoriseront l’insertion.

Le réseau ne pouvait démarrer sans une personne qui en assurerait l’animation et la responsabilité. Isabella Moulet avait participé au petit groupe de réflexion sur le projet, et se trouvait disponible, et intéressée. 

Le réseau est constitué par des familles et des communautés religieuses qui acceptent d’accueillir les personnes en demande d’asile pour une durée limitée, la première fois pas plus d’un mois, en général entre 4 et 6 semaines. 
Les accueillants ne sont pas sollicités à prendre en charge les démarches juridiques ou administratives. En effet, chaque personne accueillie est accompagnée par un “tuteur” qui l’aidera dans son parcours et dans sa prise d’autonomie. Les liens avec les partenaires et avec les autres associations permettent  aux accueillis de bénéficier rapidement de cours de langues et de limiter les frais judiciaires. 
Les accueillants sont soutenus par la coordination du réseau, caractérisée par une grande convivialité entre accueillants, accueillis et tuteurs. 
Le milieu des accueillants est par là même sensibilisé à la question des réfugiés par le contact à une réalité qu’il avait peu l’occasion de côtoyer.

 

 


 

Le projet Welcome ne fait rien d’autre que de mettre en pratique l’hospitalité, envers les demandeurs d’asile. Il s’agit là d’une pratique chrétienne majeure. Voici quelques réflexions sur ce thème.


L’hospitalité n’est pas une pratique essentiellement domestique. Elle est avant tout une pratique politique. Car le droit de l’invité-hôte ne se confond pas avec le droit naturel de l’homme. La requête de l’hôte (faire partie de la maison pour un temps), et la requête de l’étranger (entrer en relations avec habitants ou communauté) ont vocation à se rejoindre. L’hospitalité est une pratique centrale dans nombre de cultures.

Voir l’ouvrage de Luke Bretherton, Hospitality as Holiness. Christian Witness amid Moral Diversity (Ashgate 2006).

 

Devoir d’hospitalité.

L’hospitalité se décline de multiples manières : l’hospitalité langagière de Paul Ricœur est une invitation ardente à la traduction des langues étrangères ; l’ « Ouverture à cœur » de Jacqueline de Romilly est une aventure émouvante entre Carl, exilé de la Tchécoslovaquie, et sa belle-mère ; les réseaux sans frontières s’organisent et se spécialisent (MSF, RESF…) mais Régis Debray juge les frontières encore bien nécessaires. Ces hospitalités offertes, multiples et contredites, ne doivent pas faire oublier un devoir d’hospitalité premier, celui que l’on doit à l’exilé, au réfugié. Le droit d’asile est prévu par la Déclaration universelle des droits de l’homme de 1948 : « Devant la persécution, toute personne a le droit de chercher asile et de bénéficier de l’asile en d’autres pays ». Il est confirmé par la Convention de Genève sur les Réfugiés. La France n’a cessé, depuis 1793, de réaffirmer son attachement à ce principe inscrit dans le Préambule de la Constitution de 1946 : « Tout homme persécuté en raison de son action en faveur de la liberté a droit d’asile sur les Territoires de la République ». Mais dans la pratique, les garanties restent insuffisantes et le parcours du combattant souvent réservé aux seuls initiés. Faut-il s’en accommoder ? Certainement pas ! Le devoir d’hospitalité peut prendre le relais. Nulle obligation juridique ici, nul impératif catégorique, mais un devoir pressant d’humanité auquel l’Epître aux Hébreux nous convie : « N’oubliez pas l’hospitalité car, grâce à elle, certains, sans le savoir, ont accueilli des anges » (13,2). Le devoir d’hospitalité n’est rien d’autre que la promesse de goûter cette joie de l’accueil, accueil d’un frère humain sans lequel nous ne saurions vivre.

(éditorial du site de JRS France – février 2011).


Abraham, migrant et croyant.

Il parcourut longuement les routes de la transhumance, d’Ur en Chaldée jusqu’à Haran, puis de Haran jusqu’au pays de Canaan, puis en Egypte. Il parcourut les routes lentement, non à bord de camions lourdement chargés, mais au pas de ses troupeaux. Abraham est un migrant. Les historiens se sont appliqués à nous expliquer les grandes migrations du 14è siècle avant notre ère depuis le Croissant Fertile jusqu’en Egypte. La Bible, elle, nous raconte la vie d’Abraham, dans sa singularité, deux fois : au livre de la Genèse, et dans la Lettre aux Hébreux. Abraham migrant, Abraham croyant.

 

Abraham migrant (Livre de la Genèse).

Abraham n’est pas parti seul, ni les mains vides, sans doute pas dans l’urgence. Il emmène sa femme, les gens de sa maison, il emporte ses biens. Il n’empêche qu’il s’arrache à son pays, à sa terre, il se défait des liens que sont les coutumes, les manières de faire et de vivre, par où nous habitons et nous demeurons quelque part. C’est un mouvement qui commande son existence, non plus la stabilité d’un enracinement. La parole qui le met en mouvement (« Pars », traduisent les Bibles) s’entend littéralement comme « va vers toi-même ». Partir, c’est certes s’arracher et se mettre en mouvement, c’est aussi se mettre en quête, sans doute de sa propre vie.
Abraham partit pour le pays qui lui sera indiqué. Il est en quête d’un pays, et la promesse qu’il entend lui en parle : « le pays que je te donnerai ». En fait, c’est juste un petit lopin de terre qui suffira à Abraham, un champ où il pourra enterrer ses morts. La quête d’un pays, certes, mais l’histoire d’Abraham nous raconte surtout l’attente d’un fils, selon la promesse qu’il entend d’une « descendance aussi nombreuse que les étoiles dans le ciel ». Et c’est au travers des rencontres tout au long de son voyage, au travers de l’ajustement de la parole (« elle est ma femme »), par l’hospitalité qu’il accorde avec empressement, au travers des rires qui signalent la vérité qui apparaît, que l’attente d’un fils et d’une descendance mûrit comme le mouvement profond de toute la migration d’Abraham. Sauver la vie, contre toutes les formes de mort, celles du mensonge ou celles de la stérilité, sauver la vie pour etre en mesure de la transmettre.
Que deviennent-ils, les migrants d’aujourd’hui, les hommes et les femmes, au cours des longues semaines, mois ou même années, où ils sont « partis » ? Qu’est-ce qui les porte, les fait tenir, comment font-ils face, avec quelles ressources en eux ou reçues d’autres ? L’histoire d’Abraham invite à contempler un mystère, celui que vivent ceux et celles qui partent sur la simple parole à laquelle ils accordent toute leur foi : « va vers toi-même ! ».

 

Abraham croyant (Lettre aux Hébreux).

Par la foi… C’est le point de vue de la Lettre aux Hébreux quand elle reprend l’histoire d’Abraham (Héb 11, 8-18). Abraham partit sans savoir où il allait, il vint résider en étranger dans le pays de la promesse, habitant sous la tente. Même lorsqu’il atteint le pays de la promesse, Abraham ne s’y tient que de manière provisoire. Et la lettre de commenter (Héb 11,10 et 13-16) : Abraham attendait la ville munie de fondations, qui a pour architecte et constructeur Dieu lui-même. Ceux qui partent, étrangers et voyageurs, guidés par une parole à laquelle ils accordent leur foi, ne voient que de loin la « patrie » à laquelle ils aspirent ; et cela, même lorsqu’il leur semble avoir atteint le lieu qu’ils voulaient rejoindre. S’étant arrachés à leur propre patrie, comment pourraient-ils trouver ailleurs une vraie patrie, sinon en espérance ? Ils se tiennent dans l’espérance, c’est-à-dire dans la persévérance tenace à obtenir ce qui leur permet d’être vivants, le regard fixé sur ce qu’ils ne voient pas encore. Et la lettre aux Hébreux affirme : « Dieu n’a pas honte d’être appelé leur Dieu ».

Abraham migrant, Abraham croyant. Racontée par la Bible, et mise par elle dans une position privilégiée, la figure d’Abraham nous ouvre à une partie du mystère que vivent les réfugiés et les migrants. Mystère de la foi qui les fait tenir et de l’espérance qui les tient vivants. Mais le chapitre 11 de la Lettre aux Hébreux s’achève par une curieuse remarque : « ils ne devaient pas arriver sans nous à l’accomplissement ». Pas sans nous… Certes, nous chrétiens pouvons apprendre à pratiquer du mieux que nous pouvons dans les conditions politiques qui sont les nôtres l’hospitalité à l’égard des réfugiés, et c’est déjà beaucoup. Mais « pas sans nous » appelle davantage : comment prenons-nous part à l’accomplissement du mystère qu’est la vie du réfugié, et bien évidemment, réciproquement, comment prennent-ils part à l’accomplissement de notre propre vie ?

Article a paru dans Migrations et Pastorale n° 339, de mars-avril 2009, reproduit ici grâce à l’aimable autorisation de la revue.

 

 

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