En octobre 2007, lors de la
rencontre de Zagreb, les différents JRS en Europe se sont mis
d'accord sur ce qui fait le coeur de leur mission, à chacun et
à tous ensemble.
Mission Statement
Des millions de
réfugiés et de migrants fuient la persécution, les
conflits armés, la pauvreté ou les catastrophes
naturelles dans leur pays où ils ne peuvent plus trouver ni
sécurité. Des dizaines de milliers trouvent chaque
année le chemin de l’Europe à la recherche de
protection et d’assistance. Le Service Jésuite des
Réfugiés en Europe partage la mission de JRS
International qui est d’accompagner les personnes forcées
de se déplacer, de les servir, et de défendre leur cause.
JRS trouve son inspiration dans les valeurs évangéliques
de justice et d’amour tenace pour ceux qui sont
marginalisés. Il conduit son action selon l’enseignement
social de l’Eglise Catholique.
JRS Europe veut
procurer une assistance effective à tous les migrants
forcés en Europe, plaide pour un traitement respectueux et juste
de tous les migrants affectés par les politiques
européennes, et défend l’accès aux
procédures qui garantissent les droits humains fondamentaux, en
plein accord avec les traités internationaux. JRS Europe
travaille en collaboration avec les autres JRS dans le monde entier,
aussi avec des personnes d’autres églises ou
d’autres fois, et avec des associations ou organisations
engagées pour la cause des personnes réfugiées ou
déplacées. JRS Europe porte particulièrement
attention à ceux dont les besoins sont plus urgents, ou à
ceux qui sont simplement oubliés.

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Frontières ou barrières ?
A l’occasion de la Journée Mondiale des Réfugiés, Centro Astalli
(JRS Italie) a organisé une rencontre sur le thème
« Frontières ou barrières ? Les migrations dans le
monde ». Voici quelques propos tenus lors de cette soirée
par le P. Adolfo Nicolas, P. Général de la Compagnie de
Jésus.
Si un pays ou une culture se ferme à d’autres cultures qui
viennent de l’extérieur, il n’a pas grand avenir.
Un pays peut être en crise et sa population vivre dans la peur,
mais on y trouve aussi ceux qui font preuve de proximité, de
compassion pour qui frappe à la porte. Les gens ne croient plus
aux paroles, mais aux faits : l’aide mutuelle, la
solidarité parlent.
Nous avons besoin de frontières flexibles, fluides, toujours
ouvertes aux autres. Par contre, les frontières que nous portons
en nous-mêmes engendrent l’insécurité et la
peur. La politique en ce temps-ci, surtout dans le monde
développé, joue sur la peur et se ferme,
jusqu’à craindre de sortir au-dehors. Voilà la
racine de notre besoin de créer des frontières ; elles
sont parfois nécessaires pour construire notre identité,
mais elles peuvent être aussi motivées par notre
ignorance.
Il est important pour nous de tenir nettement la différence
entre réfugiés et immigrants : les réfugiés
sont des personnes qui fuient leur pays avec un seul bagage, celui de
reconstruire leur vie. Nous avons le devoir de tenir vive
l’espérance de ceux qui sont obligés de quitter
leur terre, leur famille, leur culture et qui arrivent en Europe.

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Quelques éléments de la position du JRS en Europe sur la détention administrative des étrangers, adoptée à Bruxelles en mars 2008.
Aucun demandeur d’asile ne sera détenu pendant sa procédure d’asile.
La détention administrative ne sera pas utilisée comme
une mesure de dissuasion à l’encontre de personnes qui
demandent l’asile.
La détention administrative de migrants en situation
irrégulière doit être évitée dans
toute la mesure du possible.
Des alternatives à la détention qui respectent la
dignité humaine et les droits humains fondamentaux doivent
être prévues par la loi et mises en œuvre par les
responsables politiques.
Les familles avec enfants ne seront pas détenues en centre
fermé. L’unité familiale sera
préservée en tous temps, pour autant qu’elle soit
dans l’intérêt supérieur de l’enfant.
Dans le cas des familles, des alternatives à la détention
sont indispensables.
Les personnes vulnérables, telles que les mineurs, les femmes
enceintes et allaitantes, les personnes traumatisées et celles
avec des besoins physiques ou de santé mentale particuliers, les
personnes de plus de 65 ans, ou les personnes atteintes d’une
maladie chronique ou sérieuse, ne seront jamais mises en
détention.
Les conditions de vie en détention, telles que
l’alimentation, le logement, l’accès aux soins de
santé, le respect de la vie privée, l’usage du
téléphone, la possibilité d’activités
de détente tant à l’intérieur
qu’à l’air libre, doivent être conformes aux
normes minimales communément acceptées en matière
de droits de l’homme, et ne devraient pas avoir un
caractère carcéral. Les personnes détenues doivent
avoir accès à l’enseignement ou la formation, et
avoir la possibilité de pratiquer leur religion.

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Se battre avec des moulins à vent
Anastasia
Stolovitskaya est une étudiante russe au Danemark, en cours de
doctorat à Roskilde University. Elle a remporté en mars
2008 le Prix JRS pour les journalistes, grâce à un article
dont voici une version abrégée.
Zina arrive en courant pour
venir me chercher aux portes de Sandholm Foreigners’ Detention
Center, situé à 25 km au nord de Copenhague. «
Désolée d’être en retard, dit-elle en
souriant, je donnais un coup de main à la boutique, qui est
notre lieu de rencontre en fait. Il n’y a pas grand’chose
à faire ici. »
L’hospitalité
traditionnelle irakienne marque la pièce où je
m’installe confortablement sur le sofa, devant la table où
est servi le café, tout en regardant la décoration.
« J’ai essayé de rendre cette pièce la plus
agréable possible » suggère Zina. Salam, 49 ans, et
Zina, 41 ans, tous deux chrétiens catholiques, ont fui
l’Irak pour la Jordanie en 2000, avec leur petite fille Meena,
deux ans.
Salam fut le premier des
trois à demander l’asile au Danemark en 2000, pendant que
Zina demeurait illégalement en Jordanie avec leur fille Meena.
« La famille de mon frère est au Danemark, raconte Salam,
et la première idée qui vous vient quand vous
n’avez pas de lieu où aller, c’est de rejoindre la
famille. Nous n’avons plus personne en Irak ». La demande
d’asile de Salam fut refusée en 2004, au moment de la
guerre en Irak.
En 2005, le fossé
entre les communautés religieuses en Irak s’est
considérablement creusé, même au sein de la
religion dominante, l’Islam, pour ne pas parler de la situation
précaire des minorités chrétiennes. « Nous
aurions été tués, si nous n’avions fui
» affirme Zina. Elle savait qu’une autre fuite serait la
seule manière de sauver leurs vies. Cette fois, la destination
était claire : Danemark. « Je suis arrivée cinq ans
après Salam, alors que la guerre continuait en Irak, et je fus
choquée de me voir opposer un refus à la demande
d’asile. Ils voulaient nous faire repartir. Repartir vers
où ? Nous n’avions plus rien là-bas, ni famille, ni
maison… comment pourrais-je envoyer ma fille à
l’école sans inquiétude ? Il y a des explosions
partout » dit-elle en pointant la télévision.
Zina devient pensive, en
regardant le champ par la fenêtre du camp. « Parfois un
cerf vient à la fenêtre, et nous regarde, et je ne peux
m’empêcher de penser qu’il est libre et que nous
sommes en captivité ». « Nous ne pensons pas
à l’avenir. Pour l’instant, il y a juste de
l’espoir. C’est pire qu’une prison ici. Au moins un
prisonnier a un horaire, nous n’en avons pas ». «
Même si j’obtiens la permission de rester, je
n’aurais pas celle de travailler, alors que je suis
ingénieur chimiste. Des années d’inactivité
m’ont fait perdre mes compétences. Et nous devons toujours
nous présenter à la police deux fois par semaine ».
Le regard de Zina
s’éclaire lorsqu’elle se met à parler du
Danemark. « Je veux apprendre le Danois, mais on m’en
refuse les moyens aussi longtemps que nous sommes demandeurs
d’asile. Je pense que je devrais parler la langue du pays
où je vis. Le Danemark est mon pays. Je voudrais être plus
proche des Danois, et leur faire percevoir qui je suis ». «
On nous a offert 30 000 couronnes danoises [4 000 euros] pour retourner
en Irak. Je ne voudrais pas revenir pour un million de dollars ! »
L’espoir et
l’optimisme dont Zina fait preuve envers le pays qu’elle
dit être le sien ne rencontrent pas de réciproque. Pour un
pays qui manque de force de travail et dont la population vieillit, des
gens dynamiques comme Zina et Salam semblent ne rien faire
d’autre que de se battre avec des moulins à vent.
En reprenant en bus vers la
ville, j’aperçus Meena, mais sans pouvoir avoir de contact
avec elle. Je me demandais quel avenir pourra bien lui être
offert.
A noter.
L’année 2007 a vu le plus gros afflux
d’étrangers au Danemark, qui a accordé 37 000
permis de résidence. Parmi les arrivants, les plus nombreux
proviennent de pays qui ont rejoint l’Union Européenne en
2004. Quant aux demandeurs d’asile, ils arrivent en
majorité d’Iraq.

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Le point sur la Directive Retour.
La Directive Européenne du Retour traitera des retours
volontaires et des reconduites à la frontière. Le texte
doit être approuvé conjointement par le Conseil et par le
Parlement. Le texte de compromis entre ces deux instances
présente des dispositions que JRS Europe désapprouve. La
détention ne doit pas durer plus de six mois, MAIS peut
être allongée de douze mois dans des cas particuliers ;
elle relève d’une décision administrative, qui doit
être controlée par une autorité judiciaire en cas
de prolongation. La période pour un départ volontaire est
entre 7 et 30 jours, ce qui est évidemment insuffisant. La
Directive ne sera pas appliquée pour les personnes
arrêtées « en connexion » avec une
entrée irrégulière – ceci représente
un grand pas en arrière, par rapport au projet initial qui
limitait la non-applicabilité de la Directive aux zones de
transit. La formulation est très vague, et autorise à
considérer pratiquement toutes les personnes à être
considérées comme « en connexion » avec une
entrée irrégulière. L’interdiction de
territoire européen est obligatoire pour 5 ans.
Le texte sera soumis au vote du Parlement le 4 juin, mais il
n’est pas sûr qu’il soit adopté par celui-ci.
[Information de Philip Amaral, Policy-officer de JRS Europe]
A noter : une manifestation contre cette directive a eu lieu à
Bruxelles, le 7 mai, à l’appel d’une dizaine
d’organisations françaises, protestant contre les
violations des droits de l’homme : détention
jusqu’à 18 mois, détention des mineurs,
interdiction de 5 ans.
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