Je ne suis plus celui que j’étais

Jean, demandeur d’asile débouté, en situation de séjour irrégulière, vient de la République Démocratique du Congo, il a 37 ans.

Jean a quitté Kinshasa en 2002, en laissant derrière lui sa femme et ses deux enfants de 10 et 12 ans. Jean a un diplôme en communications et il a travaillé comme journaliste dans la République Démocratique du Congo (RDC). Ses activités de reportage sur les événements en RDC ont fait que sa vie a été menacée et finalement l’ont obligé à quitter le pays.

Il a d’abord vécu en Libye. Mais, en tant que Chrétien noir, il a rencontré de grosses difficultés, il a été détenu et traité avec brutalité. Après avoir été relâché, il n’avait pas d’autre choix que de fuir dans un autre pays. Il raconte : « J’ai voyagé pendant trois jours en bateau sur la mer Méditerranée pour arriver en Europe, ce qui a été une des pires expériences de ma vie. »

A son arrivée à Malte, il a reçu un ordre d’expulsion, et a tout de suite été détenu. Il a fait une demande d’asile juste après son arrivée, et les effets de l’ordre d’expulsion ont donc été suspendus. Sa demande d’asile a été deux fois rejetée, et par conséquent il a passé un total de 18 mois en détention. Il décrit cette période en détention comme une des pénibles de sa vie. Il ne comprenait pas pourquoi il devait être détenu. Après avoir été relâché, il a reçu un papier reconnaissant sa présence sur le territoire maltais pour un maximum de trois mois. Il avait l’obligation de se présenter aux autorités à la fin de ces trois mois.

Jean a d’abord vécu pendant quelque temps dans un centre ouvert, connu comme le Tent Village à Hai Far, un endroit éloigné au Sud de l’île. Jean a décrit ce centre comme très démoralisant et décourageant. Il se plaignait aussi des conditions de vie : il vivait dans une tente militaire pour trente personnes dans une zone éloignée. Selon Jean, le centre et la tente étaient surpeuplés, il n’y avait aucun espace privé disponible.

Manger et dormir, tout se passait dans la tente. Elle est pleine de rangées de lits superposés entre lesquels on cuisine ses repas. Il ajoute : « Etre placé dans des centres ouverts signifie que d’autres personnes pensent que c’est bon pour vous. Cela affaiblit l’estime de soi. Il n’y aurait pas d’endroit de ce genre à Malte pour les Maltais. En fait, cet espace ouvert est le dernier endroit où on peut désirer vivre. »

Pour pouvoir quitter le centre, Jean a cherché du travail dans le marché du travail informel. Au moment de l’interview, Jean louait lui-même son propre appartement ; il pense que s’il paie lui- même, les Maltais le respecteront davantage. Il travaille occasionnellement dans le bâtiment, travail dur pour salaire bas Il ne réussit pas à trouver un emploi plus stable. Ses emplois d’habitude ne durent pas plus d’une semaine. Il pense que les Maltais le respecteront plus s’il ne vit pas dans le centre ouvert et se prend en charge lui-même.

Jean travaille occasionnellement dans le bâtiment en portant des pierres et est obligé de travailler dans de dures conditions pour un bas salaire. Il ne réussit pas à trouver un travail à temps déterminé, ce qui résulte en revenu irrégulier : son travail ne dure généralement pas plus qu’une semaine.  Il dit : « Je ne réussis pas à défendre mes droits, et donc j’accepte l’argent qu’on me donne sans me plaindre. » Il ne sait jamais à l’avance quand il obtiendra un nouveau travail, et donc il s’efforce de dépenser le moins possible.

Jean réfléchit beaucoup à ce qu’il pourrait faire s’il obtenait un statut légal. Il pourrait essayer de travailler dans un domaine connexe aux études qu’il a faites. Il se sent isolé de la société maltaise et n’a pas de véritables contacts sociaux. Malheureusement, Jean pense qu’il n’a pas de futur. Il dit : « Je n’ai pas d’avenir. J’essaie de vivre en paix, j’essaie d’oublier que je n’ai pas de papiers en règle, j’essaie d’être heureux.

Mon plus grand problème est que je ne suis plus celui que j’étais. Je ne peux pas faire ce que j’avais planifié. Ce n’est pas facile de trouver son chemin quand toutes les options sont fermées. » Jean ne peut pas retourner en RDC étant donné qu’il a encore peur de ce qu’il devrait affronter s’il retournait, et pourtant il ne lui est pas donné la possibilité de commencer une nouvelle vie à Malte.

Par ailleurs, son certificat d’immigration a toujours été renouvelé, et les autorités maltaises n’ont jamais envisagé de prendre des mesures d’expulsion à son égard.

Extrait de la rubrique « Voices » sur le site de JRS International.

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