De loin, j’aperçois mon pays, un récit de Mahmud Nasimi

Mahmud Nasimi, jeune afghan demandeur d’asile en France, a découvert JRS via un ami. Il participe régulièrement aux activités de JRS Jeunes et est élève de l’école de français. Il vient de publier l’histoire de son exil De loin, j’aperçois mon pays avec Anabelle Rihoux.

De loin j'aperçois mon pays

Mahmud, peux-tu te présenter en quelques mots ?

Je m’appelle Mahmud Nasimi, j’ai 30 ans et je viens d’Afghanistan. J’ai une formation en droit et sciences politiques, puis j’ai fait du journalisme et une formation pour être animateur radio. J’ai quitté mon pays en Avril 2013, et suis arrivé en Belgique en avril 2015. J’ai gagné la France récemment, et j’y ai déposé une demande d’asile. Je ne sais encore si elle aboutira.

 

Pourquoi as-tu souhaité nous associer à ton aventure ?

Pour moi, JRS est un pont à traverser pour démarrer une nouvelle vie. Lorsque nous sommes étrangers, nous avons besoins d’être guidés, accompagnés, et de ne pas nous sentir seuls. JRS rassemble les hommes entre eux. Je peux dire que c’est mon premier chez-moi en France. JRS me fait l’effet d’une étreinte chaleureuse un jour d’hiver, ou d’un clair de lune dans l’obscurité de la nuit.

 

Avec Anabelle, vous avez écrit à deux mains un livre intitulé De loin j’aperçois mon pays. Comment t’est venue l’idée d’écrire un livre ?

Au réveillon de la nouvelle année 2016, j’ai rencontré Anabelle, une sympathique jeune femme belge. Nous sommes devenus amis, et je lui ai raconté une partie de mon histoire. Elle a été touchée par mon récit. Par la suite, nous avons décidé de co-écrire un livre, qui puisse me permettre d’exprimer ce que j’ai vécu pendant 730 jours, sur ma route migratoire. Ce livre est donc un témoignage, qui retrace les deux années de voyage que j’ai effectuées, partant d’Afghanistan pour parvenir en Belgique. Je n’ai rien enjolivé, rien imaginé. J’ai simplement dit la vérité de ce qui m’était arrivé.

 

Anabelle t’a donc aidé à écrire ?

Anabelle m’est apparue comme un soleil en temps nuageux. Elle m’a aidé à écrire et surtout à traduire. En effet, en partant d’Afghanistan, je ne parlais ni anglais ni français. J’ai appris l’anglais au cours de mon voyage. Pour l’écriture du livre, j’ai rédigé dans un premier temps en Dari. Puis j’ai transmis mes idées à Anabelle en anglais, et elle s’est chargée de la rédaction en français.

 

Quel message as-tu voulu faire passer à travers ton ouvrage ?

J’ai voulu que les européens comprennent bien comment et pourquoi je suis venu jusqu’en Europe. Je ne suis pas venu pour un pique-nique ! J’ai traversé de grosses épreuves, comme beaucoup d’autres réfugiés je pense. Mais j’ai voulu témoigner de mon propre parcours d’exilé, sans chercher à généraliser le sujet.

Certains peuvent croire que les migrants ne sont que des voyageurs, qui ont envie de profiter et de passer du bon temps en Europe. Ce n’est pas mon cas. Je suis venu pour sauver ma vie et la reconstruire. Cela a été un arrachement pour moi de tout quitter : ma famille, mon pays, ma culture, et toutes les petites rues dans lesquelles j’ai vécu des moments inoubliables… Tout ce qui avait fait ma vie pendant 25 ans, j’ai dû y renoncer. Encore aujourd’hui, cela me fait mal à chaque fois que j’y pense.

 

Que voudrais-tu que les gens perçoivent à travers ton livre ?

Je voudrais qu’ils se rendent compte de qui je suis. J’ai un grand cœur plein d’affection, d’empathie et d’ouverture. J’aime lire, écrire, dessiner. Au sein d’un groupe, je tente de fédérer les personnes, en leur redonnant de l’énergie. Parfois, un seul sourire suffit pour aider une personne. J’affectionne les notions de respect des droits humains et de dignité. Je réprouve la guerre, les injustices, la violence et la rancune.

 

Cette passion pour l’écriture, tu l’as depuis longtemps ?

Seulement depuis que je suis arrivé en Europe. Je crois qu’après une telle aventure, j’ai eu besoin de m’exprimer. Mes sentiments étaient brisés, je me sentais lourd, intérieurement parlant. L’écriture m’a redonné confiance, et a permis que toutes les petites choses que j’avais cachées dans mon cœur viennent à mon esprit. Je continue à écrire un livre, qui sera peut-être un roman. Ou tout autre chose.

Quels sont tes rêves et tes projets ?

Pour l’instant, je ne m’autorise pas trop à imaginer l’avenir, car je sais qu’il dépend de la décision de l’OFPRA. Cela ne veut pas dire que je ne suis pas en mouvement, bien au contraire. J’apprends le français, je prends mes marques, mais je reste concentré sur ma situation présente. J’espère de tout cœur que je pourrai redémarrer ma vie en France.

 

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Propos recueillis par Marie-Liesse Louvet