At
present the refugees are survivors. An essential part of my job is to
help them to do more than survive - to help them to live as free men
and women.
William Yeomans, sj
The
flight of a refugee is, on the one hand, an act of fear and
desperation, and, on the other, an act of faith and hope in the
goodness of their fellow human beings who are waiting to receive them
and help them begin a life anew. How many refugees have seen their
faith and hope justified ? How many have been bitterly disappointed ?
What can we do to help them ?
Jerry Martinon, sj 'A Refugee Encounter', Progressio, march 1982.

Mais où se trouve le Soudan ?
Centro Astalli a publié en 2005 chez Avagliano-Editore un recueil d’histoires de réfugiés. Merci à JRS Italie de nous permettre d’en publier l’une ou l’autre.
« Mais où se trouve exactement le Soudan ? ». Mehmet
a des yeux obscurs et réveillés. Nous nous connaissons
depuis quatre mois. Depuis qu’il est arrivé, avec ses
parents, au centre d’accueil pour les familles où je
travaille comme médiateur culturel. Mehmet est kurde, il vient
de loin. Mais il n’est pas le seul à ne pas savoir
où se trouve mon pays d’origine. Ce n’est pas la
première fois que quelqu’un m’adresse cette demande
; pour la plupart des personnes que je connais depuis que je vis
à Rome, l’Afrique est un seul grand pays dont on se
rappelle avec peine les contours, mais dont on ne sait dire le nom des
pays, ni où ils se trouvent.
Alors, une fois de plus, je commence par dire que le Soudan est le pays
le plus étendu de l’Afrique, grand comme neuf fois
l’Italie ; je vois alors les yeux de mon jeune interlocuteur se
remplir de stupeur et de curiosité.
Ce regard extasié, avec lequel seul un enfant est capable
d’admirer le monde, me renvoie à un passé
maintenant lointain, lorsque moi aussi, enfant au Soudan,
sixième de dix frères, j’étais sous le
charme à entendre parler mon frère aîné Tag
de tous les pays qu’il y a dans le monde.
Tag possédait un « cahier de cartes », sur lequel il
avait dessiné le monde avec ses continents, et il me
défiait de pouvoir retrouver tous les états existants.
J’étais toujours battu, il était très fort,
je croyais qu’il savait tous les noms des pays, un par un ; et il
ne connaissait pas seulement les nations une par une, mais aussi les
noms des villes, des fleuves, des lacs. J’avais envie de ce
cahier en secret. Tag le gardait jalousement et ne permettait à
personne de le toucher en son absence.
C’était très beau de l’entendre parler de ces
lieux mystérieux et lointains. Mon frère avait quelque
chose d’un génie ou d’un magicien, avec ses cartes
il me faisait connaître et explorer des pays
éloignés et fascinants, qu’un jour je visiterais.
Maintenant je pense que le destin a pris à la lettre, trop
à la lettre, mes fantaisies d’enfant, me réservant
une vie d’exilé, loin de ma famille, de ma maison, de mon
Soudan bien-aimé.
Pendant que je me perds dans les souvenirs de mon enfance, je
m’aperçois que Mehmet, mon jeune ami kurde, est fort
curieux de ces pensées un peu confuses dont il ne comprend pas,
finalement, tout à fait le sens. Ce gamin me fait souvenir de
moi petit. Toujours curieux, attentif à toute nouveauté,
à l’affût de récits et d’histoires
aventureuses.
Ainsi, en ce bel après-midi ensoleillé, alors que les
autres enfants du Centre cherchent à construire une cabane sur
l’arbre, je décide de prendre la carte de l’Afrique
suspendue dans l’entrée pour montrer à Mehmet
où se trouve le Soudan. Le petit la scrute attentivement et me
demande : « mais toi, exactement, où vivais-tu dans ce
pays aussi grand ? ».
Instinctivement je lui indique Khartoum sur la carte, lui disant que
c’est la capitale. Ces quelques mots suffisent à me faire
prendre conscience encore une fois combien le Soudan est pour moi une
terre familière, le seul que j’appelle naturellement ma
maison. C’est là que sont mes racines, même
s’il y a maintenant vingt années depuis que je suis parti
pour la première fois.
J’avais dix-neuf ans, c’était en 1985 :
j’étudiais à la faculté de lettres de
Khartoum lorsque j’obtins une bourse d’études pour
la faculté de journalisme à Belgrade.
J’avais toujours rêvé d’être
journaliste, de rechercher des informations, de décrire des
pays. C’était un rêve qui venait de loin, du temps
où j’écoutais les récits de Tag, et ce
pourrait alors être à mon tour de raconter des histoires.
Au Soudan, il y avait, de fait, beaucoup sur quoi écrire : coups
d’état, pauvreté, guerre, tout cela qui faisait
notre quotidien, et j’étais très curieux de
comprendre et de connaître. Tout jeune, je commençai
à m’intéresser à la politique.
J’entrai au Front National Démocratique, une organisation
de gauche où se retrouvaient beaucoup d’étudiants
et qui s’opposait au gouvernement. On s’y retrouvait de
nuit pour lire ensemble les journaux, photocopier articles et livres,
échanger nos idées, discuter.
Bien que nous fussions dix frères et sœurs,
j’étais le seul à parler politique en famille. Hors
de la maison, je gardais cependant la bouche close, je n’allais
pas de ci de là à faire de la propagande. J’avais
peur : certains amis avaient été emprisonnés et
torturés parce qu’ils étaient ouvertement contre la
dictature. Je les avais revus, et ils étaient presque tous
invalides : ils avaient été torturés avec
l’électricité.
Je n’étais pas le seul à avoir peur ; lorsque vint
la nouvelle de la bourse d’études, mon père ne
voulut pas croire possible de me mettre en sécurité dans
un pays européen.
Le jour du départ pour Belgrade arriva avant que je ne
l’espérais, et ce fut l’un des moments les plus
douloureux de ma vie jusqu’alors : partir ne fut pas une belle
chose comme je me l’étais imaginé étant
enfant, bien au contraire.
Je pouvais enfin rejoindre l’un des continents que j’avais
dessiné si souvent : l’Europe. Plus petit certes, mais
avec des pays plus difficiles à se rappeler pour un enfant.
Quand je dessinais avec mon frère, je me rappelais la
Yougoslavie comme proche de « La Botte ».
Le jour où je devais partir, j’allais, avec en poche une
carte du monde, visiter mon frère Tag à
l’hôpital. Je voulais lui dire que je partais et
l’embrasser avant de quitter le Soudan. Il tentait de se remettre
d’une hémorragie cérébrale, dans le coma. Ce
fut notre dernière rencontre, comme je le découvrirais
longtemps après.
Je partis le jour suivant, une valise à la main et la mort dans
le cœur. Je ne serais jamais parti si je n’avais
été littéralement contraint par mon père,
qui pour rien au monde ne m’aurait fait perdre cette occasion
trop importante pour mon avenir.
J’ai fréquenté l’université de
Belgrade de 1985 à 1993. La vie était celle d’un
étudiant normal, j’avais appris le serbo-croate : au fond,
je m’étais adapté et cela allait bien. Avec la
famille nous nous écrivions de longues lettres : leur vie
était toujours plus difficile, mais n’était pas en
danger. Les premiers temps, je téléphonais une fois par
semaine pour savoir comment allait mon frère ; ma mère,
de peur que je ne revienne, ne m’annonça pas qu’il
était mort, j’appris plus tard qu’il n’en
avait pas échappé six mois après.
Mehmet me regarde, et je comprends qu’il a encore beaucoup de
questions à me poser, alors que moi, j’ai commencé
à parler en roue libre, peut-être plus à
moi-même qu’à lui, en fait. Aussi je
m’arrête et j’attends que l’enfant me dise ce
qu’il veut savoir : « mais que faisais-tu au Soudan quand
tu avais mon âge ? »
Avant de lui répondre, je me rends compte que mon enfance a
été insouciante, à la différence de celle
de Mehmet et de beaucoup d’enfants qui vivent au Centre, tous
contraints à fuir leur maison et leur famille à
l’improviste sans en comprendre au fond le pourquoi.
« À la maison, avec neuf frères, il n’y avait pas de quoi s’ennuyer », lui dis-je.
Mehmet a envie d’entendre raconter des histoires
d’aventure, qui ne se peuvent vivre que dans un pays
d’Afrique. Alors je lui raconte le Nil : « Tu sais, au
Soudan, il y a un fleuve parmi les plus longs du monde, et souvent
j’allais m’y baigner avec les copains ». Vraiment, on
s’y amusait bien, et c’était un bon moyen de passer
le temps.
Le Nil est un fleuve plein de crocodiles, et je me rappelle les
histoires que l’on racontait au village, de quelqu’un qui
en avait rencontré un et qui était mort. Nous les jeunes,
nous savions bien qu’il nous fallait nous tenir à distance
des crocodiles, et nos parents ne se fatiguaient pas de nous le
répéter.
Un jour, j’ai eu vraiment très peur ; alors que je
nageais, voilà qu’un crocodile énorme
s’était approché, il devait faire au moins deux
mètres. Tous mes amis, terrorisés, avaient réussi
à s’échapper en vitesse. Moi, j’étais
resté un peu en arrière, et je voyais le crocodile
avancer vers moi. Je ne sais comment j’ai fait, mais j’ai
giclé hors de l’eau au moment précis où le
crocodile ouvrait la bouche ; c’était à deux doigts
!
« Quelle peur, Mehmet, quelle peur j’ai eue ! Mais tu sais,
Mehmet, ce crocodile est l’un des plus gentils que j’ai
rencontré, quand je pense aux crocodiles qui n’avaient
aucun respect pour la vie humaine et qui nous ont obligés
à quitter définitivement le Soudan ».
Je me rends compte que cette dernière considération, peu
accordée à la sensibilité de mon jeune
interlocuteur, devait avoir touché et quelque peu effrayé
Mehmet, qui me demande : « Mais toi, pourquoi maintenant tu vis
et travailles à Rome ? »
Je lui réponds que c’est une longue histoire, mais cela ne semble pas l’inquiéter.
Pendant le temps de mon séjour en Yougoslavie, j’ai
continué à cultiver la passion pour la politique et
à dénoncer à toute occasion possible ce que
faisait la dictature au Soudan.
En 1989, dans mon pays, il y eut le nième coup
d’état par une junte militaire. A cette époque,
j’étais le président de l’association des
étudiants soudanais à Belgrade ; nous avons
décidé tous ensemble d’écrire et de diffuser
un document pour déclarer officiellement que notre association
ne reconnaissait pas le gouvernement soudanais qu’avait
instauré le coup d’état.
Ce document portait ma signature.
Dans ma vie, comme n’importe qui d’autre, j’ai
apposé un million de fois ma signature, mais cette fois-ci il ne
s’agissait pas seulement d’inscrire mon nom, mais
d’affirmer la volonté d’être un homme libre
qui croit à la démocratie et qui est
déterminé à lutter pour la paix. La petite tache
d’encre noire sur ce document a pesé de manière
indélébile sur tout le reste de mes jours ; depuis tout
enfant, on m’avait appris que souscrire à une
déclaration signifiait assumer la pleine responsabilité ;
moi et ma famille payons encore aujourd’hui les
conséquences de cette signature.
Tant que je suis resté en Yougoslavie, même après
une telle prise de position, ma vie continuait comme toujours : les
études avançaient, j’avais de nombreux amis, je me
sentais de faire de la politique, de parler, d’échanger
mes idées.
J’étais parti du Soudan deux années avant la
promulgation de la loi islamique et dans mon pays je n’avais pu
vivre ma vie d’adolescent avec tous les amusements typiques de
cet âge. La vie en Yougoslavie avait signifié aussi pour
moi faire des choses simples et divertissantes, comme aller à la
discothèque. J’avais une fiancée, avec qui je me
disputais souvent parce qu’elle était
végétarienne et qu’elle détestait la
fumée, alors que moi je n’ai jamais dédaigné
un bon steak de boeuf et toute occasion était bonne pour allumer
une cigarette.
Cependant, ce ne furent pas ses règles de santé qui nous
divisèrent, je commençais à m’y habituer,
mais ce fut la guerre. Elle éclata en 1991. Je travaillais alors
à l’ambassade du Yémen, comme interprète et
comme collaborateur du consulat. Avec la guerre, l’ambassade fut
fermée, et je perdis mon travail.
J’ai alors, rapidement et avec furie, terminé les études et soutenu la thèse.
À cause de mes choix politiques, il n’y avait pas de
possibilité de rester à Belgrade : pas d’autre
choix que de retourner au Soudan.
J’avais écrit à la maison pour faire
connaître mon retour et on m’avait fait savoir que mon
frère viendrait m’accueillir. Je voyais venir
l’heure d’embrasser à nouveau ma mère, mon
père, mes frères, mes amis.
Mais à l’aéroport, mon frère, je n’ai
pu le rencontrer, parce que, à m’attendre, il y avait
aussi la police.
Les services de sécurité avaient lu les articles que
j’avais écrits en Yougoslavie sur le Soudan. Ils
m’ont accueilli comme si j’étais un terroriste qui
revenait pour faire un coup d’état. Ils m’ont fait
monter dans une voiture, bandé, et ils m’ont emmené
dans une « maison fantôme ».
Mehmet écoute mon histoire avec le souffle suspendu, comme
s’il était en train de voir un de ces films que l’on
projette le samedi au ciné forum organisé par les
volontaires du Centre d’accueil, et il me demande : «
C’est quoi une maison fantôme ? »
Avec des mots simples, j’essaye de lui expliquer que
j’étais considéré comme un prisonnier
politique, et que les gens comme moi ne restaient pas dans les prisons
de l’Etat, parce que le régime craignait le contrôle
des organisations humanitaires. Pour nous, ils avaient arrangé
des maisons isolées, perdues dans la campagne ou sur les
montagnes, ou maquillées dans les faubourgs de Khartoum,
où il n’y avait aucune possibilité de communiquer
avec personne.
Tout jeune, j’en avais entendu parler, et je savais que là
on pouvait être torturé avec
l’électricité. J’étais
terrorisé, j’avais peur de mourir, et à ma douleur
se mêlait la vision de mes parents, de leur angoisse ; je pensais
à mon père, à tous ses efforts pour me mettre
à l’abri de la dictature, à son désespoir
à l’idée de me savoir mort.
Ils m’ont déposé dans une pièce sans
lumière, sans rien ; il y avait là déjà
neuf hommes, tous jeunes, entre vingt-cinq et trente ans. Deux
étaient islamistes (j’ai su par la suite qu’ils
n’étaient pas de vrais prisonniers, mais des espions), les
autres appartenaient au Front Démocratique.
Je suis resté quarante jours dans cette pièce. Quarante
jours avec les scorpions qui te passaient sur le visage pendant le
sommeil ; quarante jours d’eau sale à boire, de viande
avariée à manger ; quarante jours
d’obscurité et de peur.
Et puis la liberté, inattendue et aussi inexplicable que
l’arrestation : peut-être que des prisonniers plus
importants que moi étaient arrivés, et que, par manque de
place, j’ai été relâché ; au fond, je
n’avais commis aucun crime, c’était seulement que
j’appartenais à une organisation étudiante à
l’extérieur. J’avais cependant l’obligation de
me présenter deux fois par jour au poste de police du quartier.
Je revins enfin dans ma famille, je pus les embrasser après
quasi dix ans. Ce fut un moment merveilleux, encore que douloureux
aussi, à parler de nos vies ; il était difficile et
très exigeant de reprendre le fil de nos existences, de faire
mémoire de mon frère mort.
Il n’y avait alors pour moi au Soudant aucune perspective pour
trouver un travail. Comme journaliste j’étais
brûlé, j’étais sur la liste noire.
Après une année durant laquelle je ne pus rien faire, ni
même continuer à étudier, je décidais de
partir. Je ne pouvais pas me faire à cette vie, je ne pouvais me
retrouver « à la retraite » à moins de trente
ans.
Mon père, pour la seconde fois, me fit cadeau de la
liberté. Il chercha à rassembler tout l’argent
possible, et, avec l’aide de mon parti, le Front de
Libération Nationale, je réussis à acheter un
billet sur un bateau qui partait de Port Soudan.
Un souvenir qui me fait encore mal fut celui de la nuit où
j’ai quitté la maison : ma mère m’embrassait
et me donnait tout son argent ; et puis, un petit paquet de choses
à manger et de vêtements, et mes frères qui lui
disaient que je ne pourrais pas emporter tout cela, qui m’aurait
encombré durant ma fuite.
« Empêcher une mère de donner à manger
à son fils est l’acte le plus cruel qu’une femme
puisse supporter », m’écrivit-elle quelques mois
plus tard dans une lettre que je garde encore.
En m’embrassant, mon père mit le billet de voyage dans ma
poche, et ne put dire quoique ce soit. Il n’y avait rien à
dire.
Le 13 janvier 1994, un cargo commercial à destination de Naples
m’a embarqué. Pour mille dollars, on m’a
donné un coin dans la soute, avec vingt autres personnes. Mille
dollars, ce fut le prix de ma vie.
Treize jours de voyage, enfermé, pour quitter de nouveau ma
patrie, vers un inconnu que mon père, pour ne pas trop souffrir
et ne pas trop remuer le cœur de ma mère
déjà fort éprouvée, définissait
comme la liberté.
C’est ainsi que j’arrivais en Italie. J’ai
passé les premiers temps à courir d’un petit boulot
à un autre ; je mangeais dans les repas publics et dormais dans
les dortoirs. À cette époque, je compris, que, si tu es
victime de la dictature, vivre dans un pays démocratique ne veut
pas dire être une personne libre. Et puis libre de faire quoi ?
De n’avoir pas un endroit pour dormir ? De ne pas pouvoir
entendre quand tu en as envie tes propres parents ? De ne pas pouvoir
acheter une chose juste pour le plaisir de dépenser ?
Mehmet me regarde tristement et me demande : « Mais maintenant,
tu es heureux ? ». Ses yeux espèrent que je réponde
oui.
Et je le lui dis ! De fait, c’est la vérité : dans
ma vie, il y a Leila, ma belle épouse, soudanaise comme moi. Il
y a deux ans, je suis devenu le papa de Fatima, une petite fille
stupéfiante qui porte le nom de ma mère. Et hier, durant
la pause du déjeuner, me promenant avec une collègue,
j’ai vu dans une vitrine de magasin qui vendait des produits de
l’artisanat africain un « mushlaib ». « Un quoi
? » me demande Mehmet, maintenant curieux et aussi
fatigué. Je lui explique : « C’est un
récipient en paille, avec de nombreux anneaux en bois, dans
lequel, étant petit, ma mère mettait le lait, cela
permettait d’empêcher les chats de le trouver. Tu vois,
Mehmet, je suis entré, je l’ai acheté, comme
ça, juste pour le plaisir ! ».
Mehmet me regarde et me dit : « Alors, maintenant tu es libre ! »
Je le regarde et je n’ai pas le courage de le contredire. «
Oui, Mehmet, je suis libre, ici, maintenant, nous sommes tous libres
».

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Connaître les Roms.
Que savons-nous de ce peuple d’origine indienne arrivée en
Europe au 14ème siècle ? Rien ou presque, sinon ce
qu’en disent les journaux relatant leurs
démélés avec les pouvoirs publics et/ou
le voisinage, les expulsions, les photos d’enfants mal
vêtus, de terrains vagues et de roulottes brinquebalantes…
Gens du voyage, européens de partout et de nulle part !
Partout chez eux et nulle part accueillis. Européens mais
différents par la langue, la culture, les valeurs.
Les nouvelles générations de Roms et gens du voyage
s’organisent. Elles sollicitent le Conseil de l'Europe afin qu'il
veille à ce que leurs droits fondamentaux soient
respectés. Ainsi est né un Forum pour lutter contre
l’exclusion et la ségrégation dont ils sont
victimes. Le Conseil a aussi décidé de traiter des
questions qui les touchent, en vue d’améliorer leur
situation à long terme.
Et l’Eglise ? Il existe depuis 1948 une Aumônerie
Nationale des gitans et des gens du voyage, qui a son siège en
région parisienne, qui fait du bon travail. Mais trop peu sont
encore les chrétiens qui ont vis-à-vis d’eux
ce regard qui accueille l’autre dans sa différence, celui
de Bernard Kleindienst qui a tourné récemment
(2005) un court métrage sur les Roms : «
Roms en errance ». Regard juste et vrai, qui fait aussi place au
meilleur de la culture qui les porte : le chant, la danse, le
violon et aussi des relations fraternelles avec les populations
qui les accueillent.
Solidarité dans le malheur.
Mardi 27 novembre. Il est 23 h 30, toute la famille dort dont Brenda et
sa nièce Laure. Brenda crie « au feu » .Le papa se
lève précipitamment. Brenda crie : Je retourne chercher
Laure ».Malheureusement, elle ne sortira pas de la chambre
enflammée et périra avec Laure. Le chalet sera
entièrement détruit. Il y a quelques années,
Brenda avait déjà perdu sa sœur jumelle à
quelques mois et un frère de 3 ans……
Immédiatement, une solidarité extraordinaire s’est
constituée. Dans toute la région, des voyageurs se sont
mobilisés pour pour quêter partout, jusqu’à
80 km alentour.
Au village j’ai pu rencontrer une multitude de voyageurs, amis ou
non de la famille. A l’enterrement qui a eu lieu à
l’Eglise de Mouroux, beaucoup de voyageurs et de
sédentaires étaient présents.
Voici le texte lu par les camarades de classe de Benda et un poème d’une voyageuse :
A notre petite Brenda, cette
lettre est pour toi. Tu resteras dans notre cœur pour toujours.
Tu vas beaucoup nous manquer Tu étais si jolie, si gentille, si
joyeuse, si heureuse de vivre ! Tous ces bons moments de
complicité et de rires nous manquent déjà. Nous
pensons à toi jusqu’au bout du monde, nous voulions que tu
restes près de nous. Nous écrivons ce que nous pensons au
fond de nos cœurs. Nous rions sur des bons souvenirs. Nous
pensons à toi tous les jours. Nous qui sommes tes amis, ton
départ nous bouleverse…Toutes la classe de Brenda se
joint à nous pour partager le chagrin.
[Extraits de La roulotte (février 2008)]
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